Les Beauclair en exode
Edouard BEAUCLAIR (1889-1979 ) et Geneviève PALMANTIER (1901-1984) sont les parents d’Yvonne BEAUCLAIR, la grand-mère maternelle de Nils et de Solveig. En 1940, la ville d’Evreux où ils habitent est bombardée par l’aviation allemande le 9 juin. Compte tenu du danger, Edouard et Geneviève décident de se mettre à l’abri au moins pour un jour ou deux sur la Loire. En partant avec leur filles, ils proposent d’amener avec eux également Madame DEBROCA et quelques membres de sa famille qui sont leurs locataires rue Saint-Thomas.

Le trajet se fait avec la voiture d’Edouard – une Licorne LO4 probablement achetée en 1931 - immatriculée 7738-ES1.
Outre Edouard (51 ans), le voyage regroupe donc sa femme Geneviève (39 ans) et ses deux filles Paulette (18 ans) et Yvonne (15 ans), ainsi que Mme Veuve ELISABETH (59 ans) (Marie-Thérèse ELISABETH née DUBROCA, veuve de Léon ELISABETH), sa fille Germaine (32 ans), et les deux enfants Claude HELLO (fils de Germaine, 5 ans) et Marie-Thérèse ELISABETH (nièce de Germaine, 8 ans). Au total donc 7 adultes et 2 enfants. Germaine ELISABETH avait épousé Lucien HELLO en 1926 ; ils ont divorcé en 1938.

Liens de parenté entre les voyageurs (en jaune)
Arrivés en Val de Loire, ils apprennent qu’il n’est pas envisageable de retourner à Evreux – la ville est en feu. Ils décident alors de rejoindre des amis à Rochefort en Charente-Maritime.
Ayant maintenu le contact avec la Société Générale, son employeur, Edouard apprend que l’agence d’Evreux a brûlé sous les bombes, et qu’un point de ralliement est établi dans ce qui va devenir la « zone libre », à Gaillac dans le Tarn.
On ne connaît pas tout le détail de l’itinéraire dans les jours qui suivent, mais quelques éléments ressortent de trois documents conservés par Yvonne, documents qui précisent à chaque fois l’immatriculation de la voiture et la liste des passagers.
Le 21 juin, un ordre de mission issu par la mairie de Cognac indique qu’Edouard doit se rendre à Gaillac « muni de documents de la Société Générale ». Le document a été visé par les autorités militaires de Bergerac le 22 juin.
La première partie du parcours a donc été réalisée avant la mise en place de la ligne de démarcation, fixée par l’armistice du 22 juin, et entrée en vigueur le 25 juin. On peut estimer que l’arrivée à Gaillac se situe vers le 23 juin – jour de l’anniversaire d’Yvonne. C’est ensuite pendant une période d’environ un mois et demi que la famille va séjourner dans la région.
Ils sont accueillis précisément quelques kilomètres au sud de Gaillac, dans le village de Lendrévie Basse (commune de Brens), par la famille MOLIERE. (On retrouve un ménage Molière dans la maison 8 au recensement de 1936 : Adrien MOLIERE (né en 1867, chef), Raoul MOLIERE (1896, fils), Marie MOLIERE (1901, fille) et André MOLIERE (1920, petit-fils).

Pendant le séjour, Edouard continue à travailler auprès de l’agence locale de la banque. Les autres membres de la famille s’inscrivent plutôt dans un séjour quasi touristique, sans occupations particulières. Ils ne savent pas le temps que pourra durer le séjour. La rentrée scolaire approchant, il est même envisagé d’inscrire les enfants et jeunes dans les établissements scolaires locaux.
Mais la situation évolue. Une attestation de la Société Générale du Tarn datée du 8 août précise qu’Edouard « réfugié à Gaillac avec sa famille, doit rejoindre son agence », donc rentrer à Evreux.
Le dernier document est un laisser-passer - rédigé en français et en allemand – délivré par la 9e Région Militaire, daté du 14 août. On y lit qu’Edouard « est autorisé à se rendre de Dun-sur-Auron à Evreux ». Dun-sur-Auron se situe au sud de Bourges, tout près de la ligne de démarcation.

Le retour à Evreux a dû se situer vers le 17-18 août.
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