Origines et diffusion

La légende

Dans l’épopée nationale finlandaise - le Kalevala, écrite dans la première moitié du 19e siècle par Elias LÖNNROT (1805-1884) - on raconte que “le héros magicien Väinämöinen fabrique un kantele avec les os d'un brochet géant. Il est le seul capable d'en jouer et charme tous les hommes et créatures par sa musique. L'instrument est ensuite perdu en mer lors d'une tempête. Alors Väinämöinen en reconstruit un en bois de bouleau et de chêne, avec les cheveux blonds d'une vierge en guise de cordes.” (Wikipedia)

Väinamöinen jouant de son kantele

La réalité ... approchée

Les plus anciens instruments connus datent (...) du XVIIe siècle. La provenance de l'instrument est (...) difficile à établir. Trois théories s'affrontent. La première affirme que ce sont les Slaves qui ont introduit les cithares dans ces régions. La deuxième propose une provenance finlandaise, en raison de leur mention dans le Kalevala. La troisième développe l'idée d'un berceau asiatique. Une seule chose semble sûre, les cithares baltes ont toutes une origine commune.
À l'origine, le kantele était utilisé pour accompagner le plus ancien style musical de Finlande : les chants des runes. Ces anciens poèmes finnois datent de deux ou trois mille ans et n'ont aucune structure strophique. Ils sont chantés ligne après ligne - il n'y a ni couplet, ni refrain - soit en solo, soit avec réponses d'un chœur. C'est en Carélie, à l'est du pays, que ce style a survécu le plus longtemps. Les runes étaient encore chantées au début du XXe siècle lors de mariages. Avant le XIXe siècle, alors que ces chants étaient courants, le kantele était creusé dans une seule pièce de bois et muni de cinq cordes.
On ne trouve pas de traces de fabricants professionnels. Il apparaît plutôt que tout homme adulte était capable de le façonner. Le procédé de fabrication devait être assez simple et ne nécessitait que peu d'outillage : une hache, une scie, un couteau et un ciseau à bois. Il n'y avait aucune préférence pour un type particulier de bois et il était possible de le construire en trois, quatre jours. Le kantele traditionnel n'était pas limité à un groupe particulier de musiciens professionnels, au contraire. Les techniques de jeu étaient fort individuelles, développées indépendamment par chaque musicien. De nombreuses sources pointent le fait que chaque foyer détenait un kantele, ce qui laisse supposer qu'un instrument était en possession de tout chef de famille. Le son n'était pas très puissant. D'habitude, il était joué devant des petits groupes mais, très souvent, on ne le jouait que pour soi. Tout cela laisse suggérer une sorte de relation personnelle entre un musicien et son instrument.
Considérant ce qui vient d'être dit et le fait que, traditionnellement, les femmes et les enfants ne jouaient pas du kantele, on peut penser qu'il était au moins un signe de maturité ou un attribut d'un certain niveau d'initiation. Mais ces suppositions ne sont, pour le moment, étayées par aucune preuve.
Voici quelques pistes concernant la nature sacrée de cet instrument : le kantele était parfois béni par un prêtre; il était également d'usage de l'emmener avec soi lors d'un pèlerinage. Divers contes traditionnels montrent qu'il existe un lien entre l'instrument et les rites mortuaires, et certains éléments de décoration pointent également sa fonction rituelle. Mais rien ne permet non plus d'aller au-delà de ces quelques éléments. La position - dominante avec les chants de runes - du kantele dans la musique folklorique finnoise s'est trouvé diminuée par le violon à partir du XVIIIe siècle et ensuite par l'accordéon au siècle suivant. Le kantele ne disparut pas complètement, mais son répertoire et sa forme changèrent.
En ce qui concerne la forme et la fabrication de l'instrument, on distingue trois périodes. D'abord, il y a deux siècles - on l'a vu - il était fabriqué dans une seule pièce de bois et possédait cinq cordes. Ensuite, il a été construit à partir de différentes pièces de bois, le nombre et la façon d'attacher les cordes a aussi changé. C'est ainsi que vers la première moitié du XIXe siècle, il existait des instruments qui avaient jusqu'à vingt cordes. Le troisième grand changement eut lieu en 1920. Paul Salminen (1887-1949) produisit un kantele avec un mécanisme à levier semblable à celui qui est utilisé pour les harpes de concert actuellement. La transformation est liée à l'introduction en Finlande de musiques et danses européennes. Là où le kantele n'avait pas complètement disparu, il était joué pour des menuets, des quadrilles et, à partir du XIXe siècle, pour des valses, des polkas…
Au XIXe siècle, les romantiques ont érigé le kantele et le Kalevala (...) au rang de symbole national. C'est ce nationalisme qui a conduit à l'indépendance de la Finlande par rapport à la Russie en 1917. À la fin du XIXe siècle, il y avait encore quelques musiciens qui voyageaient à travers le pays pour faire des concerts dans les demeures de la petite noblesse ou lors d'événements à célébrer. Mais le déclin du kantele a continué au début du XXe siècle et il ne restait quasiment plus de musiciens en 1950. Le répertoire au début du XXe siècle consistait presque entièrement en arrangements de chansons folkloriques. Il y avait très peu de musiques composées spécifiquement pour lui. Tout cela a provoqué un questionnement important par rapport à l'instrument : le kantele restera-il un instrument de musique ou deviendra-il uniquement un symbole national ?
Heureusement, le « revival » des années 80 a ressuscité l'engouement pour le kantele, notamment grâce à l'anniversaire des 150 ans du Kalevala en 1985. De nombreuses initiatives ont été prises pour mettre en avant le « vieux » kantele traditionnel à cinq cordes. Son introduction comme instrument d'école a été décisive. Ce mouvement a été précédé par l'introduction de cours de kantele au conservatoire au début des années 70 et par l'admission de l'instrument, grâce à Martti Pokela, à l'Académie Sibelius. C'est aussi à partir des années 80 que des compositions spécifiquement destinées au kantele sont apparues. Un nouveau répertoire s'est alors développé.
Source : https://www.mediatheque.be/focus/le-kantele/

Les cousins régionaux

En dehors de la Finlande, cet instrument - avec parfois des variantes dans sa construction - est connu


Le territoire historique du kantele : la Finlande, la Carélie (auj. en Russie) et les trois pays baltes.
La Carélie (République de Carélie, intégrée dans la Fédération de Russie) contient sur son territoire les daux grands lacs Ladoga (au sud) et Onega ; la capitale Petrozavodsk marqué d'un point rouge se trouve sur la rive occidentale de celui-ci, et l'île de Kizhi - haut-lieu touristique connu pour ses édifices en bois - se trouve dans son milieu.

Subdivisions historiques de la Carélie partagée entre la Russie et la Finlande.

Sous d'autres cieux

Aux Etats-Unis et au Canada

Pour des raison tenant notamment à l'oppression russe, les USA ont connu une immigration finlandaise depuis plusieurs siècles, le pic ayant été atteint en 1902 avec près de 25.000 arrivants. Ils se sont installés en particulier sur la côte est et dans la région des grands lacs (Wisconsin, Michigan, Minnesota ...). En 2015, plus de 600.000 Américains déclarent avoir des ascendants finlandais. A Fairport Harbor, Ohio (près de Cleveland sur le lac Erie) se trouve par exemple le Finnish Heritage Museum qui possède une collection de kanteles.
La pratique du kantele y reste encore vivante, en relation avec des artistes finlandais. Notons aussi que dans le Minnesota, l'atelier The Kantele Shop monté par Gerry Luoma Henkel - d'ascendance finlandaise - a été pendant longtemps le fournisseur de kanteles pour les Nordaméricains, mais aussi pour des pays européenes.
Le Canada a également connu une immigration finlandaise, notamment dans les années 1920.

Au Japon

A Hokkaido et à Sapporo en particulier, la pratique du kantele s'est installée et a donné lieu à la constitution de nombreux groupes de pratiquants, surtout féminins. Peut-être y a-t-il un lien avec l'un des instruments traditionnels japonais, le koto (琴), dont la construction est voisine.

Voir "Longing for The Sounds of Forest" sur blogs.helsinki.fi/

En Inde

J'ignore s'il y a des joueurs de kantele en Inde, mais le pays possède un instrument traditionnel - le svaraveena - dont la conception est très proche.