Une cuisinière érudite

Tante Bogga - de son nom de naissance Ingeborg Borgfrid SOLUM (1904-1988), aînée de la fratrie de Solveig SOLUM, la mère de Jørund - a passé sa vie professionnelle comme monitrice d'enseignement ménager dans un établissement non loin d'Oslo.
Elle était toujours présente lorsque dans les années 1950 Jørund et sa famille passaient les grandes vacances chez les grands-parents à Lomnes. Elle lui a appris à nager, à tricoter et à préparer des scones, ces délicieux cousins des muffins. Lorsque plus tard elle a appris qu’il partait pour la France, elle a retrouvé un vieux manuel où il a pu découvrir les premiers mots et phrases de cette langue française dont elle-même ne connaissait que quelques rudiments.

Lomnes 1973. De droite à gauche Bogga, Michèle, Marit, Solveig
Mais elle a surtout laissé quelques témoignages de ses centres d'intérêt plus larges, axés sur la culture locale.
Assez naturellement - au vu de sa profession - la cuisine l'intéressait. Elle a su aller au-delà des pratiques familiales et de celles qu’elle enseignait aux jeunes pour recueillir auprès d'un grand nombre de femmes du village toute une série de recettes concernant les plats traditionnels des paysans locaux. Elle a ensuite formalisé ces recettes dans un petit recueil polycopié (à l'alcool, c'est comme ça qu'on pouvait faire à l'époque) qu'elle a distribué par l'intermédiaire d'une association locale.

La couverture du fascicule. Bogga signale que le dessin stylisé autour du titre (Rendalskost = nourriture du Rendal) est la reprise d’un motif gravé sur bois sur un bâtiment d’une ferme voisine ; le symbole très ancien d’un poisson surmonté d’une croix représenterait le fort lien traditionnel entre nourriture et religion.
Elle était curieuse, ouverte sur le monde, mais aussi profondément ancrée dans la tradition locale. Son autre contribution a pris la forme d'un lexique du dialecte local d’un cinquantaine de pages. Elle ne connaissait pas l'API (Alphabet Phonétique International), mais a forgé un système de transcription basé à la fois sur l'orthographe norvégienne et des digraphes et diacritiques relativement compréhensibles, et a ainsi contribué à faire survivre le parler du Rendal.

Petit extrait de ce qui figure à la lettre ‘J’ de son lexique.
En première ligne la prononciation des mots orthographiés jord et jorden (terre, la terre). En API la transcription serait [ju:ɭ] et ɭju:ɭɑ]. De même son jordbruker (agriculteur) dans la ligne en dessous serait transcrit [ju:ɭbrʉ:kəɾ].



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