L'estivage

L’estivage est une pratique courante dans beaucoup de régions montagneuses en France et en Europe, dont la raison d’être principale est la préservation des pâturages des vallées pendant une plus ou moins longue période estivale.
En 2024, l’estivage en fäbod ou en seter a été inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco pour la Suède et la Norvège.
Cette pratique était ancienne ; on en trouve des traces dans des textes de loi dès le Moyen-Âge qui en fixent l’obligation entre la mi-juin et la mi-août. Assez rapidement, des constructions se sont élevées sur ces sites, d’abord pour mettre à l’abri les animaux et héberger a minima le personnel, puis – en fonction des temps d’occupation – de véritables maisons d’habitation et des bâtiments d’exploitation pouvant héberger toute la famille, le personnel et le bétail.
En plus de la préservation des terres de la vallée, l’estivage permettait de compléter les cultures, de fabriquer des produits laitiers, et en particulier de réaliser des fenaisons dont les produits furents rapatriés à la ferme principale pour permettre l’alimentation du bétail pendant l’hiver.

La situation à Lomnes

Au lieu-dit Lomnes, sur la rive orientale du lac Lomnessjøen, on compte dès le 17e siècle quatre exploitations : Øgarden, Søstu, Nordstu et Utstu. Au recensement agricole de 1657 elles regroupent en tout 9 chevaux, 48 vaches, 40 chèvres et 2 porcs : bien trop de bétail qui ne pouvait se satisfaire des pâturages attenants aux fermes dans la vallée.

Les sites

Trois sites en altitude ont été choisis afin de pallier ce problème (les fermes de la vallées se trouvent à une altitude d’env. 280 m, les estives à env. 650 m). Ces sitesétaient utilisés à des époques différentes ou concourramment. Leurs dates de construction sont variables, estimées à entre 1650 et le début du 18e siècle.

Situations respectives du site dans la vallée (en bleu) et des trois sites d'estivage (en rouge) : de gauche à droite Bergevollen, Lomnesmistra et Veundåsen.
Si Bergevollen se trouve à peine à quelque kms des fermes de la vallée, Veundåsen est distant de 36 km à vol d'oiseau.

Les bâtiments


Bergevollen

Lomnesmistra

Veundåsen
La durée du séjour était variable ; en général on investissait l’estive au début ou au milieu du mois de juin, le retour se faisant habituellement pas plus tard qu’à Mikkelsmess – la St. Michel fin septembre.

Les itinéraires

Deux itinéraires existaient – un pour l’hiver (pointillés en bas) et un pour l’été (pointillés du haut).

Les itinéraires - dessin de Maren Kværness

Le travail pratique

En général, une employée de ferme (‘seterkulla’ – la ‘fille de l’estive’ ou l’estiveuse) montait à l’estive en début de saison afin de préparer le site : nettoyer tous les intérieurs et préparer tous les ustensiles conservés sur place. Tous les récipients et ustensiles, à destination des humains et des animaux, étaient en bois et devaient être remis à neuf. En particulier les récipients destinés aux produits laitiers étaient étanchéifiés par un séjour dans le ruisseau voisin, traités avec une décoction de genévrier puis polis avec du sable.
Une fois la famille, le personnel et le bétail arrivés et installés, la journée type s’engageait à peu près ainsi : dès 7 h, l’employée se rendait à l’étable pour nettoyer un peu et donner à boire aux veaux. Ensuite c’était la traite des vaches, puis le lait fut rentré et traité pour récupérer crème et lait écrémé. Vers 9 h, on amenait les bêtes aux paturages, un jour vers le nord, le lendemain vers le sud, etc. pour équilibrer les choses, tout en évitant la route du retour pour ne pas tenter les bêtes ! Au retour, l’employée nettoyait l’étable, puis s’occupait de la transformation du lait, notamment pour faire différentes sortes de fromage. On faisait rentrer le bétail en fin d’après-midi.
Avant la fin de la saison, les bâtiments, outils et ustensiles de la ferme étaient nettoyés et préparés pour le retour après la saison d’estivage.
Le foin produit à l’estive pendant l’éte était généralement ramené dans la vallée en période hivernale, sur traîneau tiré par les chevaux, les chemins ou sentiers n’étant pas pratiquables par d’autres engins en été. Il était courant que ces expéditions – qui pouvaient durer deux ou trois jours – soient organisées collectivement entre plusieurs fermes regroupant ainsi jusqu’à une vingtaine de chevaux.

Les seter dans l'art

Partie intégrante des paysages traditionnels, on retrouve ces sites représentés dans beaucoup de tableaux classique, datant notamment de la période du naturalisme de la fin du 19e siècle.

Nikolai ASTRUP : Seter au clair de lune (1903)


Note : L'essentiel du contenu de cette page est tiré d'un travail d'étudiant de ma cousine Maren Kværness Halberg, étude republié sous le titre "Seterbruk i Utstu Lomnes" dans Årbok for Nord--Østerdalen 2010.



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